Lendraste

Rencontre avec Lendraste, auteur de L’Étau des Ténèbres

Bonjour Lendraste et merci de te prêter au jeu des questions/réponses pour nous parler de tes travaux d’écriture ! J’ai hâte d’en savoir plus !


Pour commencer, peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs ?

Né à Nantes en 1972, je suis scientifique de formation et de métier puisque j’exerce dans l’informatique. Écrire est une passion qui m’a trouvé voici plus d’une vingtaine d’années, pas loin de trente. Je faisais déjà beaucoup de jeu de rôle à l’époque et j’écrivais dans le cadre des mondes imaginaires que je créais pour mes parties. J’ai commencé par de petites nouvelles restées dans le cadre privés et je n’ai vraiment pris mon essor que depuis 10 ans. J’ai d’abord publié une première trilogie sous mon vrai nom avant de me lancer dans un projet plus ambitieux avec l’Étau des Ténèbres, une saga de fantasy en 5 volumes.

L’Étau des Ténèbres, voilà un titre qui parait terrifiant au premier abord. De quoi s’agit-il ?

Je ne dénie pas un petit côté « dark-fantasy » à mon approche, le titre reflète donc assez bien l’angoisse croissante que je cherche à bâtir à travers ce récit. Il s’agit d’une histoire se déroulant dans un univers imaginaire que ses habitants appellent « le Monde Éclairé », ce qui sous-entend que tout ce qui est au-delà de ce monde est obscur. C’est stricto senso ce dont il est question, une petite portion du monde est éclairée par un Dieu Solaire juché sur le sommet d’une tour d’une cité construite dans les montagnes, Dis la capitale. Sa lumière éclaire dans un rayon de 400 kilomètres au-delà duquel c’est l’obscurité la plus complète. Les Humains s’y sont réfugiés une quinzaine d’années plus tôt après s’être éveillés, amnésiques, dans le noir et le froid. Sous la férule d’un ancien militaire qui les a sauvé de cet « Hiver Noir » et qui dirige à présent une sorte de théocratie militarisée bâtie sur le dogme du Dieu Solaire, les Humains tentent de reconstruire leur vie, assaillis par des êtres venus des Confins obscurs. Le récit commence à la fin d’une guerre qui opposait les Humains à l’un de ces peuples, les Atarks. Alors que le traité de paix va être signé, survient un attentat.

Le récit emprunte à plusieurs genre. La fantasy, d’une part, puisque nous sommes dans un univers de fiction avec ses propres règles et une large part de fantastique assumé. Mais aussi le polar, le thriller politique et religieux et le pulp « démachisé ». Le personnage phare de ce roman est une femme au passé tragique, forte de caractère mais pleine de doutes. J’y brosse le portrait de nombreux personnages et m’échine à ne jamais faire d’aucun d’eux un être totalement blanc ou noir. Je suis opposé au manichéisme et je préfère de loin m’inspirer de tout ce que la nature humaine compte de nuances pour rendre mon univers toujours plus crédible.

Autre livre à ton actif au titre intriguant : Ce qu’on pense et qu’on ne dit pas. Peux-tu nous décrire cet OVNI littéraire ?

Un OVNI dans ma production certes, mais pas spécialement un OVNI en général. Il ne s’agit après tout que d’un recueil de poésie. Il aurait pu ne jamais voir le jour. J’écrivais beaucoup de poésies il y a une vingtaine d’années de cela et jusqu’à ces 5 dernières années. L’éditeur qui me publie étant également éditeur de poésie, je lui ai juste fait lire mes oeuvres et il m’a proposé une publication. Je ne suis qu’un amateur dans le domaine, je lui ai donc fait confiance sur l’intérêt de cette publication. J’ai rassemblé et trié 15 ans de production poétique pour constituer ce recueil. Ce qu’on pense et qu’on ne dit pas représente assez bien l’idée générale de cette production restée dans la sphère intime longtemps avant de paraître au grand jour.

Il m’est difficile d’en dire plus sur quelque chose d’aussi interprétable et artistique que de la poésie. A mon sens, on peut avoir une opinion plus ou moins tranchée dessus, mais je ne crois pas qu’on puisse émettre le moindre jugement de valeur. Tout ce que je peux dire est que certains de mes poèmes plaisent. Même si l’on reste accroché de façon globale à des thèmes sentimentaux, je passe aussi beaucoup de vers sur des figures abstraites et philosophiques.

Je vois que tu es également passionné de Jeu de Rôle. Quelle empreinte cela a-t-il sur ton écriture ?

Une empreinte indélébile je pense. Pour ceux de mes amis ou de mes relations rôlistes qui ont lu mes écrits, beaucoup remarquent cette connexion avec le rôle de meneur de jeu et de conteur que je suis aux tables de Jeux de Rôle. Même si je tends à être plus littéraire et moins « meneur de jeu » dans ma façon d’écrire, on continue à me reprocher un côté trop « détaillé » à mon style. Cela étant, ce n’est un reproche que seuls mes correcteurs, plus littéraires que rôlistes, me font. Il se trouve que mon approche a aussi un avantage, celle de visualiser, parfois de façon cinématographique, ce qui se passe dans mes scènes d’actions. Le compromis sur lequel je travaille en révisant le texte de l’Étau des Ténèbres pour sa publication est celui d’un équilibre entre le rythme, parfois ralenti par ma tendance sur-descriptive, et la précision, qui rend la vision des scènes plus jouissives.

L’autre aspect bien moins visible de cette empreinte est la construction de l’oeuvre littéraire que j’aborde de façon encyclopédique dès sa conception. Je pose un univers, un contexte, des règles, des personnages clés avant même d’élaborer l’histoire qui pourrait s’y dérouler. J’ai bien sûr un concept d’histoire en tête, mais je le pense à la façon d’un scénario de jeu de rôle auquel je vais, en quelque sorte, « jouer » pour bâtir mon récit. J’ai donc plus à dire que ce que je raconte en définitive. J’ai toujours pensé que cette dimension extradiégétique formait un corps plus solide à la diégèse, que cela se ressentait à la lecture de façon inconsciente. En tout cas, en tant que lecteur, j’ai déjà ressenti ça en lisant un auteur.

Je n’ai jamais vraiment eu envie de travailler autrement, c’est pourquoi je pense que même si elle disparaît de mon style, mon empreinte de rôliste sera toujours plus ou moins perceptible dans mes romans.

Tu as déjà publié plusieurs ouvrages (aux éditions Stellamaris). Quels conseils pourrais-tu donner à nos lecteurs qui cherchent à se faire éditer pour la première fois ?

De se forger un mental d’acier et ne pas attendre d’être confronté aux réponses parfois très informelles et sans âmes des éditeurs pour y être préparé. A mon sens, le premier ennemi de l’auteur en quête de publication, c’est lui-même : sa conviction d’avoir écrit quelque chose d’intéressant va obligatoirement finir par rencontrer un obstacle, le « non ». Il est important de mettre de l’eau dans son vin à ce moment. Nul n’est parfait et tous les goûts sont dans la nature. Il est possible que ce qu’on écrit plaise à au moins un éditeur quelque part dans le monde, mais il est souvent préférable qu’un texte plaise au plus grand nombre d’éditeurs possible. Pourquoi ? Parce qu’il sera moins difficile de les trouver. Cette recherche sera, dans la majeure partie des cas, très longue. Il faut être armé pour la mener et un texte qui fait consensus auprès d’un panel varié de lecteurs touchera donc plus aisément un panel varié d’éditeurs.

Pour disposer de ce fameux texte, il faut également accepter la critique et c’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile. Il faut pourtant sortir de sa zone de confort, de son cercle privé susceptible de nous conforter pour ne pas nous blesser et donc d’être malhonnête avec nous aussi proches soient-ils. Il faut s’entourer de personnes qui seront sans pitié avec le texte (mais un minimum compétentes en littérature et honnêtes dans leurs opinions), parce que si l’on plaît à quelqu’un qui n’a aucune raison de nous épargner, l’on a une petite chance de plaire au plus grand nombre. Pour cela, il faut savoir encaisser la critique, l’accepter, la faire sienne, se remettre en question. Bien entendu, les critiques, qu’elles soient positives ou négatives, ne sont pas forcément justes. Raison pour laquelle on ne peut pas se contenter d’un seul avis, mais il faut se dire que sur 10 personnes, si 6 ou 7 ont un avis négatif et se retrouvent sur deux ou trois points contestés, il est plus que probable qu’il faille les écouter. Avoir plus d’avis positifs que négatifs sur un écrit ne signifie pourtant pas qu’il est bon. Par ailleurs, il faut exiger de nos lecteurs qu’ils soient précis et qu’ils puissent expliquer le pourquoi de chacun de leurs avis. Une opinion générale n’est d’aucune aide pour progresser.

Avant même de se confronter aux critiques publiques, il faut savoir être auto-critique et réussir à se satisfaire soi-même. Se contraindre à voir ses propres défauts n’est pas évident. Il faut avoir du recul sur ce qu’on écrit et il y a une méthode pour ça qui consiste à revenir sur un texte après un long intervalle de temps et de le relire avec un oeil presque neuf. Il ne sera jamais complètement neuf, mais il est plus aisé de s’auto-critiquer de cette façon et de corriger ou carrément de réécrire ce qui ne nous convient pas. Il ne faut surtout pas être indulgent avec soi-même en se disant « c’est bon, ça passe » : si l’on juge après coup que ce n’est pas bon, c’est parce que ça ne l’est pas. Plus rarement, c’est parce que l’on a mûri et évolué et que le texte ne nous ressemble plus, mais si nous avions l’intention de le soumettre à notre « nous » futur, c’était de toute façon pour faire profiter le texte de l’expérience acquise. Il faut bien sûr pouvoir dire stop à un moment donné et se jeter dans l’arène des lecteurs mentionnée ci-avant.

Je présente les choses un peu à l’envers, mais je trouve plus pratique d’expliquer le refus d’un éditeur en remontant le temps et mettre le doigt sur ce qui, à mon sens, est la source d’un refus éditeur. Au bout du compte, le mental, la persévérance et l’humilité sont des éléments clés de la démarche.

Je dépeins là le côté un peu négatif du sujet, mais il faut par dessus tout en être conscient, afin de ne pas tomber de haut. Du reste, même si un travail n’aboutit pas à une édition à compte d’éditeur, l’expérience acquise à travers celui-ci n’est jamais perdue. Il faut juste se dire qu’on ne sera pas reconnu pour tout ce qu’on écrira et, d’une manière générale, il ne faut pas écrire uniquement dans ce but. Il faut savoir prendre du plaisir à l’écriture. Concilier le tout peut parfois prendre du temps.


Grand merci à toi Lendraste pour ce regard empli d’expérience (et de sagesse) sur l’écriture. En espérant que ton témoignage aura permis d’éclairer les lecteurs de Passion d’écrire. Tous mes voeux de succès pour les prochains tomes de l’Étau des Ténèbres !

L’Étau des Ténèbres Tome 1 - par LendrasteL’Étau des Ténèbres Tome 2 - par LendrasteCe qu'on pense et qu'on ne dit pas - par Lendraste

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Auteur de l’article : Alexandre
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