Rencontre avec François Junillon, alias Fiji, l’écrivain pianiste du train

Francois Junillon - Fiji

Bonjour François et merci pour ta participation si enthousiaste aux portraits d’auteur de Passion d’écrire ! Sans plus attendre, essayons de percer le mystère Fiji !


Pour commencer, peux tu te décrire en quelques mots à nos lecteurs ?

J’ai un demi-siècle et j’ai gardé au fil des ans et de mes aventures, un nom d’emprunt, Fiji. C’est une signature d’une lointaine époque où je faisais du dessin et de la musique. J’ai fait depuis pas mal de route et de métiers différents, jusqu’au jour où je me suis réveillé en me disant que je m’étais bien trop éloigné de l’art. Mais sans avoir pratiqué pendant des années, impossible de reprendre crayon ou instrument ! Enfant j’écrivais des nouvelles, alors je m’y suis remis pour casser ma routine.

Tu as été pianiste à tes heures. Comment expliques-tu que de nombreux passionnés d’écriture soient aussi musiciens ?

Je crois qu’aussi étrange que ça paraisse, l’écriture ne répond pas à tous les critères de communication, donc ça ne peut pas s’arrêter là. En tout cas, moi il me manque des choses ! La difficulté d’exprimer des idées de manières simples, par exemple un sentiment intérieur, devient plus facile en jouant un morceau de piano. À l’inverse il est plus ardu de peindre un tableau en montrant la profondeur de sa tristesse alors qu’avec des mots on y arrive plutôt pas mal. Tous sont complémentaires et effectivement je ne connais pas tellement de « littéraires » qui ne fassent pas de musique de peinture ou de sculpture. J’ai tenté de mêler les deux dans mon dernier roman, un des personnages redécouvre le plaisir de se laisser aller à jouer de la musique bien qu’il ne l’ait pas fait depuis des années.

C’est un peu de la fainéantise tout ça finalement, si la musique se révèle plus simple que l’écriture, pas de soucis, on zappe et on rejoint la facilité.

Je crois savoir que tu as beaucoup écrit au cours de trajets en train… Conseillerais-tu à nos lecteurs d’en faire autant ?

Houlala… J’ai surtout optimisé mon temps dans mes journées tumultueuses. Quand il n’y a plus de place pour soi ou pour faire ce que l’on aime, il faut chercher l’instant à se réserver qui ne gênera personne. Rester assis sans rien faire et attendre d’arriver au boulot (et oui… rare sont les auto-édités qui vivent de leurs écrits !) c’est difficile pour moi. J’ai comme beaucoup, une vie qui file à une vitesse au-delà du réel et j’ai développé cette capacité de mettre à profit le moindre de mes petits moments. Mais ça n’est pas simple, il faut pouvoir se concentrer en un claquement de doigts et reprendre à l’exacte idée où on s’est arrêté la veille ou parfois même quelques jours avant. Difficile donc de « conseiller » cette méthode, car elle a plus attrait à un style de vie qu’à une manière d’écrire.

Par le passé, tu écrivais plutôt des nouvelles. Aujourd’hui des romans. Comment s’est passée la transition ?

Elle s’est passée en douceur avec mon premier « vrai » roman, Fli. J’ai tout simplement détourné le problème ! Le livre est construit comme une série à suspens, à chaque chapitre un rebondissement, et donc une nouvelle partie de l’histoire, comme si c’était une nouvelle. Enfin… je caricature à l’extrême ! J’aurais pu continuer sur ce modèle, mais mieux valait s’arrêter. Je suis fier de l’avoir fait, c’était mon premier, cependant il faudra que je songe à réécrire certains morceaux (beaucoup en fait !) un jour où j’aurais du temps !

Quels sont tes thèmes de prédilection dans l’écriture ? Et où trouves-tu principalement tes sources d’inspiration ?

Je n’en ai pas, en revanche il y a des thèmes où je ne m’aventurerais pas comme les romans historiques, la science-fiction ou « l’heroic fantasy », j’aurais beaucoup de mal à en écrire une ligne, car je n’apprécie pas d’en lire !

Ce que j’aime avant tout, c’est jouer avec les relations humaines et voir comment elles peuvent s’imbriquer, s’aider ou se détourner. Pas besoin de flingues, de cadavres ou de sexe d’ailleurs, je pense qu’on à déjà assez de matière avec les comportements dit « civilisés » pour faire quelque chose d’intéressant, voir même avec du suspense sans tomber dans la surenchère. Fli  était un roman d’espionnage entièrement basé sur des réactions dépendantes de la psychologie des personnages, tout ce qui était prévu ne fonctionnait jamais parce que quelqu’un avait pensé différemment. Il n’y a pas un coup de feu !

De vieux potes, mon deuxième livre décrivait comment l’amitié et les relations entre personnes âgées pouvaient aider à retrouver le bonheur. Là encore c’est le montage de l’échafaudage qui est intéressant. Au fur et à mesure qu’ils construisent ce bonheur, je voulais que le lecteur se sente de plus en plus heureux.

Deux romans plus tard, nous voici à l’aube du troisième. Peux-tu nous raconter de quoi il va s’agir cette fois ?

Je joue encore avec ces relations. Mais cette fois c’est la rencontre improbable entre un sans-abri qui a tout perdu et une jeune femme dont la carrière grimpe dans une startup. Dit comme ça, ce n’est pas très attirant, il faudra que je travaille le pitch ! L’histoire embarque le lecteur dans une aventure où les choses se mélangent un peu dans la tête des personnages et où on doit appréhender ce qu’il se passe autour de nous avec un regard obligatoirement différent pour comprendre.

Parlons à présent d’un sujet qui intéresse nombre de nos lecteurs : l’auto-édition. Aurais-tu quelques conseils à partager sur ce mode de publication ?

Oui plein, mais je vais résumer : humilité et patience.

Patience parce que la route va être longue pour trouver son public, se faire un nom, et peut-être un jour décrocher le légendaire contrat. Il faut dire les choses, être auto-édité c’est un air de liberté, un air de « je fais ce qui me chante », mais on essaie ou en tout cas on rêve quand même d’avoir un jour ce contrat.

L’auto-édition, ne devrait pas s’appeler comme ça d’ailleurs, ça devrait être l’auto-promotion. Éditer son livre c’est désormais simple, que ce soit en papier ou en numérique. Mais le gros du boulot, ce que fait une maison d’édition, c’est la promotion et le commerce, et ça… ça prend du temps de le faire soit même !

Humilité parce que soyons honnête, arriver à écrire un livre ne fait pas de nous des génies. Il faut s’entraîner, s’entraîner encore pour devenir meilleur, et chaque nouvel ouvrage est j’espère mieux que le précédent. (D’ailleurs ce conseil devrait être valable pour ceux qui sont sous contrat aussi !)

Quand on frappe aux portes et qu’on est le millième de la journée qui arrive en clamant être le nouveau Balzac, personne n’y croit de toute façon alors évitons-nous les désillusions !

Je pense aussi qu’il faut faire des choix par rapport au chemin qu’on se trace. C’est impossible de partir dans tous les sens, on ne maîtrise rien.

Moi j’ai misé sur le numérique. C’est un environnement avec ses limites et bien moins convivial je l’accorde, que de tripoter du papier, mais je m’y sens bien. C’est une gestion différente, il faut être encore plus patient pour trouver les bons canaux de promotion et de distribution. J’avais fait l’erreur au début de mettre mes livres sur toutes les plateformes, mais je me suis vite aperçu qu’il y avait des guerres plus ou moins déloyales entre elles, et que j’en faisais les frais. Donc je me limite.

Par ailleurs un bon moyen d’avoir des retours c’est de participer à des concours. Sur ce sujet encore une j’ai tranché. Je préfère me lancer dans un concours en mettant le livre à disposition gratuitement et obtenir de nombreux lecteurs, plutôt que de participer avec un règlement qui impose un prix de vente et les repousse.

Autre exemple, si quelqu’un qui vous propose gentiment de faire votre promo, vous prenez quel qu’en soit la portée, même la plus infime goutte d’eau permet d’étancher la soif. Merci Alexandre, pour ce coup de pouce ! 😉


Merci à toi François pour cette interview riche en conseils utiles ! Sans avoir forcément le succès du grand Balzac, je te souhaite le maximum de réussite possible pour la suite !

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