Portrait France Louve - Alix Dubuc Photographies

Rencontre avec France Louve, écrivaine à temps gagné

Bonjour France et merci de te prêter au petit jeu de nos questions/réponses. Tentons ensemble de percer le mystère de la Louve !


Peux-tu te présenter en quelques mots à nos ami(e)s lecteurs et lectrices ?

Alors, je m’appelle France. Je me décris souvent comme une écrivaine (le débat sur le terme est toujours en cours n’est ce pas ?) à temps gagné (Proust s’est jeté à corps perdu dans la recherche, moi non ^^), comme une artiste ébouriffée, des nœuds plein la tête. J’écris des histoires et des réflexions depuis que je sais écrire. Que ce soit en chanson, en rédactions à l’école ou enfermée dans ma chambre étant enfant. Ce qui m’a amené à faire des études en littérature jusqu’au niveau master où j’ai produit deux œuvres littéraires pour mon diplôme. Depuis je continue à écrire sur mon blog, des formats courts, des exercices de pensées…

Sur ton blog, on peut découvrir de nombreuses publications courtes (ou réflexions comme tu les appelles). Pourquoi un tel choix de concision dans l’écriture ?

Le choix s’est imposé à moi je dirais. J’ai un mal fou à écrire sur le long cours. En général, ce sont des éclats, des à-coups. L’atterrissage d’un texte est aussi rapide que sa chute. Même si c’est la chute qui m’intéresse.
Quand j’étais plus jeune je disais que j’écrivais par coups d’allumettes. J’aime qu’une idée puisse être aussi travaillée et condensée sur du fragmentaire, sur quelques phrases. Je suppose que c’est un rythme que j’ai toujours eu et auquel je me suis habituée.
J’ai tout de même quelques projets plus denses et plus longs, mais ils restent toujours assez courts en comparaisons avec des amis qui ont une facilité à étirer un récit, à le complexifier, à rajouter des enjeux, des personnages, des descriptions.

Je crois que ce que j’aime dans ce format c’est que l’on est obligé de se restreindre à une idée, une pensée, un caractère à la fois. De l’embrasser complètement, intensément. Incarner une parole comme un cri. Décrire un meuble comme une vie, etc.

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Les objets, le théâtre et la colère.

J’adore faire parler les objets (ah la prosopopée…) je trouve que c’est un angle qui peut toujours surprendre, et personnellement m’amuse énormément !
Dans la vie de tous les jours, je me demande ce que doit penser un fouet qui bat des œufs en neige, comment le lampadaire subit une canicule, un objet perdu sous un meuble qui nous verrait le chercher et qui ne peut se faire entendre, une oeuvre d’art contemporaine qui pourrait dire « t’inquiètes pour moi aussi c’est assez flou mon concept! »…

Le théâtre, parce que je l’ai tellement étudié et vu que ça s’est inscrit en moi. Et qu’on retrouve ce que j’explique sur l’incarnation d’un temps et d’une personnalité dans une écriture.

La colère : parce qu’elle est un sentiment intense, aussi court et vivace qu’une phrase et qu’un simple point d’exclamation. Et que l’écriture peut l’épuiser en tant qu’exercice et l’amener à dévoiler un rire, une larme, une épiphanie. Elle est très liée à mon rapport politiquo-philosophique à la vie. La colère est une question qui se prend pour une réponse. Et j’adore la faire jouer entre mes mots. Elle est un point d’entrée intéressant, et souvent bâillonnée dans la vie car déconstruite et outrancière. C’est un acte de création assez fort.

Licenciée en Lettres et titulaire d’un Master Lettres & Création Littéraire… avec un peu de recul, que retiens-tu de cette phase d’études intensives ?

Je dirais que le bagage est intense et primordial. Etudier a toujours fait partie de moi, et je prends beaucoup de plaisir à apprendre.
Ma licence était un double parcours lettres modernes et arts du spectacle, j’ai eu la chance d’étudier les livres, leurs histoires en même temps qu’une approche pratique et actuelle des arts. Cela crée une tension permanente de réflexion que je ne regrette pas d’avoir suivi pendant trois ans.
En ce qui concerne le master, on peut voir sur mon blog d’écriture un projet en cours. Je cherche encore à faire de ces deux ans quelque chose que je n’ai pas réussi à atteindre, la satisfaction, la légitimité… Ce fut un parcours émotionnel assez turbulent. Mais tellement riche en rencontres, amitiés…

Je crois que je n’ai pas encore assez de recul sur ce que veut dire l’université aujourd’hui pour des artistes. La norme académique dans un mouvement qui cherche à déconstruire et reconstruire. Entre l’archaïque et l’anarchique…

L’université vous apprend que quoi que vous disiez, quelqu’un vous démontrera que vous avez tort. Cela fini par vous rendre muet, mais jamais sourd 😉

Mais tu nous avais caché que tu étais aussi auteur-compositeur-interprète ! Création musicale et création littéraire : même combat ?

Haha ! Je n’ai rien caché à dire vrai puisque c’est écrit ! Même combat oui pourquoi pas mais les armes et les outils sont différents. La musique vous oblige un rythme, la guitare vous force à moduler votre voix, et votre voix jongle avec votre cerveau qui rythme et qui module.
Oui c’est une forme d’écriture plus contrainte, qui produit différemment et amène une cohérence sur un temps court (on y revient toujours !). Une chanson est un sujet, un moment que l’on doit s’accorder (de préférence avec un diapason ^^). C’est une mise en scène des mots que j’aime beaucoup, le rap m’est impossible tout autant que le slam, mais avec un instrument, une mélodie, une musique, il m’est plus facile de faire résonner une émotion, le mot vibre autrement et atteint le cœur d’une manière plus douce et plus émotionnelle que son rationnel partenaire le papier.

Enfin, question peut être bête (c’est le cas de le dire) : pourquoi Louve ?

Et bien justement, c’est mon premier surnom que je me suis octroyée quand j’ai enregistré mes premières compositions musicales. Je cherchais un pseudo, et il existe quelques thématiques dans ma vie. Le loup en fait partie. Et j’aime ce personnage dans la littérature, qui représente la mère, la guerrière, la solitude au sein d’une meute… Et que dire de plus que ne sait raconter le hurlement d’un loup ? La voix de la louve est donc restée comme un alias pour toutes mes actions d’écriture.


Merci à toi France pour ce retour d’expérience très instructif et plein d’émotions partagées. Que la force sombre, mystérieuse et créatrice des sous-bois te réussisse pour la suite !

Source Photographie : Alix D. Photographies

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Auteur de l’article : Alexandre
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