Tunnel éclairé des catacombes de Paris

Des émotions au récit : le cheminement d’une pensée chargée

L’écriture est avant tout une forme de communication créative personnelle. Demandez à plusieurs auteurs ce qu’ils cherchent à accomplir en écrivant un livre. Vous n’obtiendrez à coup sûr jamais deux fois la même réponse. Quel que soit le but recherché, qu’il s’agisse d’une façon d’extérioriser ce qu’on ressent, de donner vie à un monde qui n’existe que dans notre tête, ou de diffuser un message à une cible particulière (n’oublions pas l’écriture engagée !), une rédaction s’imprègne des émotions de son auteur. C’est précisément ce lien étroit entre les émotions ressenties par l’écrivain et la véracité de son écriture que je vous propose d’explorer.

Vivre l’émotion avant de la coucher sur le papier

Même si votre projet d’écriture n’est pas autobiographique, j’aimerais souligner l’importance de vivre le plus de situations possibles en rapport avec les situations que vous rédigez. Et ce afin de toucher le lecteur de la manière la plus percutante possible. En effet, je suis de ceux qui pensent que parler d’un sentiment que l’on n’a jamais éprouvé rend nos écrits lacunaires, manquant d’une certaine profondeur.

Bien sûr, je ne parle pas de sombrer dans la folie du tueur en série que vous dépeignez dans votre dernier polar (là, il vous faudra vous contenter d’inventer à 100%), mais plutôt de vous amuser à arpenter les mêmes types de ruelles dans lesquelles vous imaginez qu’il pourrait flâner. Vous pourriez également pénétrer l’ambiance de ce bistrot de quartier, à quelques pâtés de maison de chez vous, à la tombée d’une nuit fraîche d’octobre. Vous comprendriez alors peut être mieux ce que votre personnage pourrait ressentir en son fort intérieur. Ainsi, vous éprouverez un environnement dans un contexte particulier, susceptible de faire émerger en lui l’embryon d’une décision en rapport avec ses traits de caractère les plus marqués, son histoire, son projet aussi loufoque et psychopathe soit-il…

Citation Lamartine catacombes de Paris
Citation de Lamartine, vue dans les catacombes de Paris

Pour l’anecdote, j’ai pour ma part récemment eu besoin de décrire une aventure souterraine. J’ai ainsi profité d’un petit week-end de libre pour visiter les catacombes de Paris. En effet, quoi de plus approprié pour découvrir la sensation des profondeurs et de cette moiteur étouffante qui vous prend à la gorge ?

Lors de la visite, j’ai bien pris le temps d’écouter mes émotions. Ces longs couloirs humides et étroits à peine éclairés dans lesquels on manque parfois de glisser (au passage, je vous déconseille fortement d’y aller en claquettes). Mais aussi cette confrontation à la mort, à un labyrinthe tortueux et enivrant par le poids de son histoire. Et tous ces ossements, méticuleusement entassés, autour desquels s’affichent des citations sur la fugacité de la vie et l’inéluctabilité de la mort… très inspirant !

La complexité des émotions confrontée à la simplicité (apparente) de l’écriture

Ça y est, vous y êtes ? Après avoir vécu une ambiance ou une situation chargée en émotion, il ne vous reste « plus » qu’à la transposer à l’écrit. Sans surprise, la tâche est loin d’être évidente. Maintenant que votre cerveau bouillonne de nouvelles sensations procurées et que vous exultez d’avoir réussi à saisir un instant si fort, vous vous rendez à l’évidence : les mots sont bien souvent trop réducteurs et simplifient la richesse de ce qui vous a fait vibrer. Comment retranscrire ce frisson, cette envie, cette passion dans toute la complexité qui caractérise son intensité ?

Le temps joue contre vous

Il existe sans doute autant de façons de procéder pour réussir à transposer efficacement une émotion à l’écrit que d’écrivains sur cette planète. Mon conseil : n’attendez pas et écrivez le plus vite possible la situation imprégnée de votre émotion. Ne laissez pas son intensité vous échapper ou être reléguée au second plan par votre cerveau. Par exemple, il m’est déjà arrivé de vivre un rêve si poignant que, réveillé en plein milieu de la nuit, j’eus tout de même la présence d’esprit de sacrifier quinze minutes de mon précieux temps de sommeil pour saisir mon smartphone et lui dicter la scène. Je ne l’ai pas regretté. Ayant pu saisir l’intensité de l’instant et la retranscrire immédiatement (même maladroitement à l’oral), avant que la sensation ne se dissipe, le rêve absurde se transforma en matière exploitable dès le lendemain matin pour mon roman !

Si vous avez déjà été confronté au défi consistant à transposer vos émotions dans vos écrits, que vous y êtes parvenu ou qu’au contraire vous butez encore, n’hésitez pas à apporter votre témoignage en commentaire.

A vos plumes !

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Auteur de l’article : Alexandre
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